Zone 54 – A la recherche des punks à chiens

Amandine Turri Hoelken

02 octobre au 15 novembre 2015
14h-18h / WE: 10h-12h & 14h-18h – Fermé mardi

Mot de l’artiste

“En 2012, j’ai commencé ce documentaire sur les zonards. Pour eux, la “zone” représente la ville et ses alentours, l’endroit dans lequel ils vivent et se déplacent, c’est alors naturellement qu’ils se nomment ainsi.
Ce qui m’a interpellé au début chez eux, était le contraste qu’il pouvait y avoir avec d’autres personnes côtoyant les rues: les sans-abris, de jeunes personnes en difficultés, etc. Les zonards, accompagnés de leurs chiens et d’un style vestimentaire souvent hérité du punk, me donnaient le sentiment d’un groupe homogène, unis et jovial avec leurs pancartes humoristiques.
Ces trois années à leurs côtés, à raison de deux à trois jours par semaine, m’ont permis de comprendre et de connaître leur quotidien: la manche, mais aussi l’entraide, les squats et les voyages.
Pour décrire leur vie, il me semble que c’est le mot “mouvance” qui s’accommode le mieux. Presque un mot valise entre “mou” et “avance”, quelque chose qui bouge sans réellement se déplacer et qui se déplace sans réellement bouger, pas entièrement fluctuant et encore moins errant, plutôt d’un mouvement discret qui s’acclimate aux changements.
Il s’agit d’une appropriation de la ville, de la vie qui chaque jour se transforme. Des personnes partent quelques jours, quelques mois, ou partent sans revenir. Des squats ferment, d’autres ouvrent, il faut quitter un appartement, un foyer, trouver d’autres lieux dans lesquels se retrouver quand l’un est construit (ou détruit). Faire face au jour où la manche est mauvaise et profiter avec ses amis quand elle est bonne. Autant de changements chaque jour ou presque, au travers desquels ces personnes se déplacent, se “meuvent”, où le quotidien se déroule et se construit.
Avec eux, j’ai ressenti et vécu des moments de dialogue, de rire et de silence, des périodes festives, de découragement et le quotidien le plus simple. Ainsi, grâce à leur confiance, je peux aujourd’hui témoigner de leur quotidien auquel ils m’ont offert l’accès.”

Biographie

Née en 1989, Amandine Turri Hoelken vit et travaille à Nancy et Strasbourg.
Études à l’école Nationale Supérieure d’Art de Nancy en photographie, sanctionnées par les Diplôme National d’Art Plastique (2010) et Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique (2012). Sa recherche photographique s’est progressivement orientée vers le genre documentaire avant de questionner pleinement les limites du réel. Son mémoire de cinquième année, Par-delà les images (2012), traite de notre rapport aux images entre réalité, fiction et imaginaire. La présence du photographe, entre objectivité et subjectivité, toutes nuances prises en compte, y est également évoquée. Durant ces cinq années elle a pu réaliser deux ateliers de pratique artistique en photographie avec des élèves de CM1 et de sixième. Ces expériences ont été pour elle fondamentales dans l’approche humaine, l’ouverture culturelle et la transmission du savoir. Poursuivant aujourd’hui ses études à l’Université de Strasbourg en Master d’anthropologie culturelle, son projet est de collaborer avec des anthropologues afin d’entreprendre des recherches mêlant matériaux écrits et photographiques.
Sa démarche photographique est avant tout une réflexion sur l’Homme : comment peut-on, au plus, juste photographier l’Homme ? quel est notre rapport à la réalité et à l’image ? L’une de nos réponses n’est-elle pas de tenter de varier notre rapport à la réalité et d’être conscient de notre relation à l’Autre ? Une phrase de Alain Bergala au sujet de Johann Van der Keuken, tirée de l’introduction à L’œil lucide, résume parfaitement sa démarche : « Il ne cesse de s’interroger sur un double intervalle : l’intervalle entre lui et les autres, l’intervalle entre lui et le monde. » Photographier l’Homme, c’est aussi s’interroger sur sa place dans le monde et le lien que l’on entretient avec ce dernier. Chacun de ses travaux durent plusieurs mois et offrent l’occasion, entre chaque voyage, d’une remise en question et de faire preuve d’hétérogénéité. C’est de cette manière qu’est appréhendée son approche de la limite du réel. Sa démarche documentaire ne prétend ni produire des informations ni des documents. Ses photographies sont de l’ordre du ressenti, elles visent à rendre compte au plus juste de l’ambiance du contexte. Par ailleurs, le vide est une notion importante dans sa recherche : faire naître la sensation qu’on ne peut percevoir tout ce qu’il y a à voir. La notion de métissage, telle que l’emploie François Laplantine dans Sons, images, langage, est, enfin, importante dans sa démarche. Pour l’anthropologue, la pensée métisse est faite de flux, de transmutations et d’instabilités résultant du « caractère involontaire, inconscient et inattendu du devenir né de la rencontre. »

Site de l’artiste: Amandine Turri Hoelken

Partenaires

Ministère de la Culture et de la Communication, Région Lorraine, Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, Château des Lumières, Maison de la Culture et des Loisirs de Metz